Une virée jazz à Paris, dans la peau de Sartre, Vian, Gréco

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Le jazz à Paris a gardé ses racines ancrées dans les caves voûtées du centre historique de la capitale. De la rue des Lombards à la rue Galande en passant par le boulevard Saint-Germain, les jams des adorateurs convertis retentissent dans les profondeurs de ces caves médiévales qui servaient autrefois de prison, de tribunal, de salle de torture et de lieu d’exécution. Tout l’univers du jazz à Paris, où les notes de Sidney Bechet, Stan Getz, ou Miles Davies ont orchestré dans les années 1950 les soirées de Jean-Paul Sartre et de Simone de Beauvoir. Ces deux-là passaient toutes leurs nuits dans la folie de ces caveaux, ces scènes ouvertes ou des musiciens qui ne se connaissent pas jouent ensemble le temps d’une improvisation.

Sur la petite scène du Caveau des Oubliettes au 52 de la rue Galande (5e arrondissement), un batteur fou est en train de s’adonner à une improvisation délirante sur le célèbre Englishman in New York de Sting. Un peu dubitatif au départ, le bassiste qui l’accompagne décide de le suivre, alors que le claviste a déjà enchaîné quelques notes pour répondre au batteur. Le Caveau des Oubliettes est un ancien cachot médiéval ou les barreaux des prisons servent encore de fenêtres à la scène. Des instruments de torture y ont été oubliés… Tout comme cette guillotine… Ici, le jazz a pris le pouvoir et tous les soirs l’entrée est libre pour écouter de la musique jusqu’à 4 heures du matin, déclinée sous toutes les formes de black music : soul jazz, jazz funk, afro jazz ou encore soul funk ou hip-hop jazz.

Quittez ce lieu pour un autre lieu mythique du jazz à Paris : le Caveau de la Huchette, au 5 de la rue du même nom, toujours dans le 5e. Cette cave abritait autrefois un tribunal, sa prison et une salle d’exécution. C’est aujourd’hui une ode au swing et à la joie de vivre. Depuis 1946, la cave est ouverte tous les soirs et a accueilli les plus grands représentants du genre qui ont fait vibrer les pierres millénaires avec leur blues, swing ou be-bop. Des incontournables comme Memphis Slim, Art Blakey, Lionel Hampton s’y sont produits. Parfois, l’ombre amoureuse de Juliette Gréco s’y faufilait à la recherche de Miles Davies.

En remontant le boulevard Saint-Germain, vous arrivez au Caveau des Légendes, au 22 de la rue Jacob dans le 6e arrondissement. Là, remontez le temps. Une armure de chevalier vous accueille. Au bas de l’escalier poussez cette lourde porte de chêne et retrouvez-vous propulsé dans une taverne médiévale où résonnent les notes du jazz à Paris depuis les années 1950. Il est déjà 4 heures du matin. Le temps passe vite. Le crépuscule vous expulse hors des caves, les pavés du trottoir luisent de l’humidité de la nuit. Au coin de la rue de Seine, le fantôme de Boris Vian arrache encore quelques notes à la nuit qui s’achève. Sa trompette étincelle une dernière fois dans le réverbère qui teinte de jaune ses grands yeux cernés, puis il disparait dans les volutes bleutées de cigarettes défuntes… Vous aussi, votre balade à la rencontre du jazz à Paris est terminée, il est temps d’aller vous coucher.

Caveau de la Huchette

5 Rue de la Huchette Paris IDF 75005

+33 (0)1 43 26 65 05

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