Les catacombes de Paris : un voyage au cœur de l’Histoire

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En plongeant dans les catacombes de Paris, vous allez pénétrer dans le ventre de la capitale. C’est par un petit escalier à droite de la billetterie que commence votre voyage à 20 mètres sous terre. Plus les pas dévalent les marches, plus les murs blancs et le sol crayeux se chargent d’humidité. Lorsque vous arrivez en bas, des petites gouttes d’eau suintent du plafond vouté du couloir. Devant vous, un groupe de touristes s’effraie à l’avance de la vue de l’ossuaire des catacombes de Paris et de ses millions de morts issus des siècles passés qui, comme dans un film de revenants, attendent leur heure pour effrayer les vivants. Pour l’instant, vous avancez dans un dédale de galeries creusées dans la roche. Les murs ont été maçonnés pour sécuriser le labyrinthe de couloirs qui n’est en fait qu’une ancienne carrière dont les pierres ont servi à la construction du Louvre, des remparts de la ville ou de Notre-Dame. Parfois, la galerie s’élargit d’une niche ou des sculptures sont taillées à même la roche. Ces miniatures des ports Philippe et Mac-Mahon et du quartier de Cazerne, réalisées entre 1777 et 1782, sont l’œuvre d’un carrier nommé Décure, dit Beauséjour, vétéran des armées de Louis XV.

Quand la mort, mise en scène, devient un art

Le voyage hors du temps se poursuit alors, tant et si bien que les visiteurs chuchotent et font attention à ne pas faire résonner leurs voix aux oreilles des morts. Et plus les visiteurs se rapprochent de l’ossuaire des catacombes de Paris, plus les chuchotements se font rares. À son entrée, une sentence prévient le visiteur : “Arrête, c’est ici l’empire de la mort “. Une longue série d’autres adages de même acabit jonchent le chemin enlacé des ossements (tibias, fémurs, crânes, bouts de hanches…). Mais ici, la mort est mise en scène et le macabre confine à l’art. Au gré de votre visite, vous croisez des paysages macabres où les tibias rangés avec soin les uns sur les autres, forment des blocs séparés par des rangées de crânes comme s’il s’agissait d’une frise de dentelle. Dans une alcôve, un cœur est dessiné par des crânes enchâssés dans des fémurs. Placé devant un mur d’os, une pancarte en marbre interpelle le visiteur : “C’est ici que le plus grand maître, le tombeau, tient son école de vérité”. Car dans le ventre des catacombes de Paris sont rassemblés les ossements de plusieurs cimetières de la ville.

Plusieurs cimetières de Paris dans l’ossuaire

Tout commence par celui des Innocents qui se tenait sur le territoire des actuelles Halles. D’ailleurs la Fontaine des Innocents,aujourd’hui sur la place Joachim-du-Bellay, était celle de l’ancien cimetière. Au XVIIIe siècle, ce dernier est tellement plein de ses dix siècles d’enterrements que des maladies et infections commencent à se développer. Les plaintes affluent tant et si bien que le Conseil d’état prononce, en 1785, la suppression et l’évacuation du cimetière des Innocents. Le voyage des restes jusqu’aux anciennes carrières, baptisées désormais catacombes, commence en 1786 après la bénédiction et la consécration du lieu. Il faut deux ans pour achever ce déménagement macabre. D’autres cimetières de Paris subiront le même sort comme celui de Saint-Nicolas-des-Champs en 1804 ou de Saint-Jean en 1859. Et dans ces galeries sombres où la lumière rare créée des nappes tremblantes de pénombre, vous serez peut-être frôlés par le fantôme de Jean de la Fontaine, Charles Perrault ou François Rabelais. Leurs os, pas encore redevenus poussière, se mélangent désormais aux ossements de leurs millions de colocataires….

  • Catacombes de Paris

    1 avenue du colonel Henri Rol

    +33 (0)1 43 22 47 63

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