Les arènes de Lutèce : un lieu magique pour un apéro antique

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Les arènes de Lutèce sont une parenthèse à la vie moderne, comme si la cité antique murmurait des secrets millénaires à la ville nouvelle. Vous qui cherchez de l’insolite au cœur de la capitale, filez prendre l’apéritif dans le Paris de la Rome antique. Qui pourrait se douter que derrière la porte cochère du numéro 49 de la rue Monge (5e) se cache le lieu magique des arènes de Lutèce ? Les immeubles haussmanniens au garde-à-vous des deux cotés de la rue laissent peu de place à la poésie d’une respiration antique, et c’est souvent sans la remarquer que les piétons passent et repassent devant la porte en pierre taillée. Pourtant, quand on lève la tête, l’inscription gravée sur le fronton a de quoi éveiller la curiosité. “Arènes de Lutèce, partie nord découverte en 1869, partie sud mise au jour en 1883-1885. L’ensemble restauré en 1917-1918”. Une promesse de la ville à découvrir ! Après un couloir noyé dans la pénombre, les yeux s’enchantent soudain, en atterrissant dans le cercle parfait de l’amphithéâtre du Paris antique qui se nommait alors Lutèce.

Quand Victor Hugo sauva les arènes de Lutèce

Construites dès la fin du 1er siècle après J.C., les arènes restèrent en activité jusqu’à la fin du 3ème siècle. Ici, on venait assister à des combats de gladiateurs et d’animaux mais aussi à des représentations d’art dramatique. Elles pouvaient accueillir jusqu’à 17.000 personnes. Puis, au cours des siècles, l’amphithéâtre a disparu des mémoires. Son emplacement resta ignoré jusqu’en 1858 lorsque la Compagnie générale des omnibus racheta l’édifice pour le démolir et y installer ses véhicules et ses écuries. C’était sans compter sur Victor Hugo, qui se fit le chantre du sauvetage des arènes de Lutèce. “Il n’est pas possible que Paris la ville de l’avenir renonce à la preuve vivante qu’elle a été la ville du passé. (…) Conservez les arènes de Lutèce. Conservez-les à tout prix”, écrivait-il au président de la République le 27 juillet 1883. Des 17.000 places, ne subsiste aujourd’hui qu’une dizaine de gradins de part et d’autre des arènes.

Un apéro magique dans la Rome Antique

La ville et ses vacarmes familiers se sont soudain tus en passant la porte des arènes de Lutèce. Les moteurs vrombissants des voitures, les motos pétaradantes, les cris, le stridulement des klaxons, toutes ces détonations de la modernité n’ont pas survécu. Quelques flâneurs rêvent le nez en l’air, des apprentis footballeurs soulèvent la poussière pendant que des joueurs de pétanque pointent et tirent comme dans le Midi. Sur les gradins, des petites grappes de familiers sont venus se poser. Car cet endroit est comme un secret encore préservé des touristes. Certains discutent, d’autres ont amené l’apéritif car il est déjà 18 heures. Ça et là, les éclats d’un soleil de fin de journée se cognent sur le verre des bouteilles de vin en renvoyant des illuminations aux cieux. Des couples d’amoureux se regardent dans les yeux. Des rires surfent sur le chuchotement de ces fantômes qui courent depuis des siècles le long des gradins. Quand on tend l’oreille, on peut encore entendre les encouragements des spectateurs ou leurs applaudissements qui se faufilent par la porte de ces quelque 2.000 ans.

Et pour vous faire une idée de la vie à l’époque de Lutèce, plongez-vous dans quelques ouvrages, comme Paris : l’histoire d’une capitale, de Lutèce au grand Paris de Michel Carmona (édition La Martinière) ou De Lutèce à Paris de Philippe Velay (éditions CNRS). Pour une immersion totale, feuilletez-les bien blotti sur les gradins des arènes de Lutèce.

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